FIGURES SILENCIEUSES (2026)
Cette série de polaroids prolonge ma recherche autour de la mémoire et de la figure féminine, mais dans une forme plus fragile, presque murmurée.
Le Polaroid impose son propre tempo. Il ne permet ni contrôle absolu ni retouche infinie. L’image apparaît, puis commence déjà à s’altérer. Les teintes violacées, les halos, les zones floues ne sont pas des effets : ils sont la matière même du temps.
Je photographie des lieux et des femmes comme on capte une scène de cinéma suspendue. Des personnages qui semblent appartenir à une fiction intime, à mi-chemin entre apparition et disparition. Elles traversent le cadre avec une douceur mélancolique, comme si quelque chose s’effaçait déjà.
Le Polaroid devient alors un territoire d’érosion.
Une image qui naît pour mieux se dissoudre.
Un instant qui se donne tout en se retirant.
Depuis plusieurs années, mon travail interroge la figure de la Muse, la mémoire et la puissance narrative du féminin. Ici, cette recherche se dépouille. Les figures ne sont plus mythologiques, elles sont silencieuses. Elles portent en elles une nostalgie contemporaine : celle d’un monde saturé d’images où l’on ne regarde plus vraiment.
Ces photographies revendiquent le contraire.
Le ralentissement.
La vulnérabilité.
La trace imparfaite.
Les lieux deviennent des décors intérieurs. Les femmes, des héroïnes sans scénario écrit. Ensemble, elles composent une cartographie sensible où le réel et la fiction se frôlent. Chaque Polaroid est une tentative de retenir ce qui s’échappe.
Accompagner la disparition.